
Peinture de Louis Ducis
J’ai passé mon Bac Littéraire-Théâtre au lycée Millet de Cherbourg, ville jouxtant celle de Tourlaville, en Normandie. Tourlaville qui est aujourd’hui propriétaire d’ un ravissant château. J’ai toujours entendu parlé de l’histoire maudite de ses occupants, mais n’y avait jamais prêté plus attention, jusqu’à ce que je tombe sur un post de Pause-Thé, blogueuse Cherbourgeoise, ayant pour sujet une pièce de théâtre intitulée "Une Nuit chez les Ravalet". Intriguée, je lis le post et me dis que, pour commencer, j’aimerai beaucoup voir cette pièce, et ensuite, qu’il serait peut être temps pour moi de me renseigner sur cette sombre histoire d’inceste en pays du Cotentin.
Après une petite recherche des ouvrages sur Marguerite et Julien de Ravalet, mon choix s’est porté sur le roman d’Yves Jacob, Les Anges maudits de Tourlaville.
J’ai également découvert que cette histoire avait largement marqué la France, en animant Paris en l’an 1603, soulevant l’opinion public jusqu’à parvenir aux oreilles du Roi Henri IV (alors en pleine reconversion religieuse et politique), et inspirant plusieurs peintres comme Mignard ou Louis Ducis.

Peinture de Mignard intitulé Marguerite et les Amours. On peut lire, au dessus de Marguerite: "Un me suffit"
Voilà comment, il y’a environ 1 semaine et demi, je me suis ruée vers la Fnac de Caen afin d’acheter puis de dévorer, ce livre. Ce que j’ai le plus apprécié, ce sont les multiples références à cette région que je connais si bien. C’est toujours un plaisir que de situer où se passe l’action, de visualiser le paysage, qu’il s’agisse du parc floral du château, aux plages de Portbail et Carteret.
Aujourd’hui, je souhaiterai lire un roman retraçant l’histoire de Charlotte Corday, Caennaise instruite, devenue célèbre pour avoir assassiné Marat chez lui le 13 juillet 1793; assassinat qui sera immortalisé en peinture la même année par Jacques Louis David sous le simple titre de La Mort de Marat.
Si vous avez des pistes de lecture sur ce sujet, je suis preneuse.
Mais je vous laisse pour le moment avec mes morceaux choisis des Anges Maudits de Tourlaville:
Tourlaville, en Normandie, au XVIIe siècle. Frère et sœur inséparables, Julien et Marguerite de Ravalet sont d’une exceptionnelle beauté. En grandissant, leurs tendres jeux laissent place à un singulier désir. En dépit des mises en garde, de l’interdit, de la religion et de leur rang, ils cèdent à leur passion dévastatrice. Marguerite est alors mariée de force à treize ans, avec un homme bien plus âgé qu’elle, et vit un véritable calvaire. Tels deux aimants attirés l’un vers l’autre, les adolescents se retrouveront pour fuir ensemble à travers la campagne, entraînés malgré eux dans une spirale diabolique, condamnés pour la postérité…



Le Château des Ravalet de Tourlaville
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Julien n’aimait rien tant, lorsqu’il revenait d’une randonnée à cheval, que de ralentir sur le pont à trois arches surplombant les douves avant de franchir le porche donnant sur la cour d’honneur traversée par un petit ruisseau où courrait une eau vive et limpide. Là, Julien sautait de sa monture et, avant de la confier à un palefrenier, il s’immobilisait un moment pour admirer la façade sud de l’élégant château Renaissance qui se dressait fièrement devant lui. L’édifice à deux étages offrait à son regard des fenêtres à meneaux et à croisillons de pierre, surmontées elles-mêmes de trois lucarnes à chapiteaux corinthiens et ioniques s’ouvrant das un toit à la pente aiguë et au faitage couronné par d’imposants corps de cheminées. Trois tours, une à l’ouest, deux à l’est, coiffées d’un toit en éteignoir encadraient la façade du corps de logis. Le choix d’un schiste vert pour la toiture parachevait avec goût cette remarquable demeure seigneuriale.
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En février 1596, une agitation inhabituelle régnait au château. Chaque année à la même période, Robert Agnès, tailleur ambulant résident à Tourlaville, venait s’installer plusieurs jours, voire plusieurs semaines chez les Ravalet, afin de confectionner des vêtement pour tout le monde. Drap, taffetas, velours, soie, satin, dentelle et chaudes fourrures.
La venue de Robert Agnès représentait pour Marguerite l’un des moments les plus agréables de l’année. Femme dès l’enfance la plus tendre, elle était fascinée par les beaux atours. Et cette année là, il n’était point souhaitable pour Robert Agnès de se tromper dans ses mesures, car on lui avait confié des étoffes de qualité et on entendait recevoir de lui en échange un travail soigné. Tous les Ravalet de Tourlaville présents étaient conviés à Carentan le 10 mars suivant au mariage de Madeleine-Marguerite de Ravalet de Sideville qui allait épouser un certain Jean Le Fauconnier, receveur des tailles.
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Marguerite se précipita à la fenêtre, attirée par les hérissements et les piaffements de plusieurs chevaux dans la cour d’honneur.
On était en automne 1598. Une missive de l’abbé de Hambye, leur oncle, annonçait sa visite imminente en compagnie de Julien, qui avait achevé son cycle d’études à Coutances et qui venait se reposer un peu au château de Tourlaville. Et depuis deux jour, incapable de faire autre chose que de guetter les allées et venues d’éventuels visiteurs, Marguerite se morfondait dans sa chambre en compagnie de Guyonne, sa camériste.
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Si évidente était leur passion que Madeleine de Tourlaville s’en ouvrit à François Arnoul un jour où Jean III s’était absenté pour se rendre à Cherbourg afin de participer à une assemblée de la confrérie de Notre-Dame montée en l’église de la Trinité de Cherbourg, confrérie à laquelle il appartenait depuis deux ans.
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Lorsque, accompagné par Nicolas Roussel affublé d’une livrée d’azur, noblesse oblige, Julien pénétra dans la bonne ville de Paris, une bouffée de saisissement mêlée à du bonheur s’empara de lui. Depuis qu’Henri IV avait abjuré sa foi protestante et repris possession de la capitale du royaume, depuis que l’édit de Nantes du 13 Avril 1598 avait offert une paix religieuse entre catholiques et huguenots, la ville renaissait.
Julien fut très vite happé par la magie de la grande ville, lui qui en était resté aux chemins creux des environs de Tourlaville et aux ruelles fangeuses, sombres, et plutôt paisibles de Coutances, Cherbourg, ou Valognes. Paris ne brillait pourtant pas par son hygiène ou par sa propreté.
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Le Parc
Depuis le départ de Julien pour Paris, Marguerite s’étiolait. Elle gardait la chambre plus souvent que naguère, se promenait seule dans le domaine, sillonnant sans cesse les chemins qu’elle avait parcouru avec son frère. Elle était à plusieurs reprises allée près du gué de la rivière Trottebec.
Madeleine et Jean III l’observaient en silence. Plutôt que de l’expédier au couvent y poursuivre ses études en attendant de lui choisir un époux, craignant qu’elle avoue à d’éventuelles confidentes son attirance pour son frère Julien, ils avaient décider de la garder à Tourlaville et de lui chercher vivement un parti. C’est ainsi qu’en février 1600, les prétendants se succédèrent au château.
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La cause était entendue. Le 16 mars 1600, un contrat de mariage concernant Marguerite et Jean Lefebvre fut passé en reconnaissance devant Nicolas Piot et Richard Le Blond, « tabellions en la haute justice de Bricquebec ». L’abbé Hambye offrirait deux mille écus de dot, le 28 Juillet de la même année devant le même Le Blond.
Pour l’heure la date de la cérémonie fut fixée à mi-juin. Marguerite ne se tua pas comme elle l’avait promis, mais elle sombra dans une profonde mélancolie proche de la prostration.
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A présent, Marguerite et Jean Lefebvre approchaient des remparts de Valognes. Ils traversèrent le pont du tremblet enjambant le ruisseau du même nom, franchirent la porte de la ville, longèrent le château qui se remettait à peine des sièges successifs qu’il avait subi contre les calvinistes. Arrivés devant la collégiale Saint-Malo, ils la contournèrent et s’engagèrent dans la rue des Halles. Les sabots de leur cheval claquaient sur les pavés de la petite ville.
Un instant plus tard ils s’arrêtèrent. Marguerite descendit de cheval pour contempler son nouvel univers. L’hôtel de Hautpitois était une grande bâtisse bourgeoise montée sur un étage.
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La "Chambre Bleue", chambre de Marguerite et Julien au château.
Il lui tourna le dos, posa une main sur le loquet de la porte.
_ C’est une fille, nommez la comme bon vous semblera.
Elle l’appela Louise, comme la mère de son époux. On la baptisa le 4 Septembre 1601 en l’église Saint-Malo de Valognes. Six semaines plus tard, convaincu qu’elle n’était pas sa fille, Jean Lefebvre expédia Louise en pension chez une nourrice de Coutances afin d’être certain que la distance empêcherait Marguerite d’aller la voir durant son absence.
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Nicolas Jallot s’était levé à son tour. Il s’inclina vers sa cousine.
_ Si vous le désirez, après que vous vous serez reposée, je vous emmènerai chevaucher du côté de Portbail et de Carteret. La côte y est belle, sauvage, grande comme notre Normandie, et si le soleil nous reste fidèle, vous apercevrez au bout de la mer l’île de Jersey et peut-être même celle de Guernesey.
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Dés sept heures du matin en ce mardi 2 décembre 1603, les juges reprirent les dossiers concernant les affaires à conclure ce jour là. Parmi elles, l’affaire Ravalet portant le numéro dix.
Après concertation en conseil privé, à l’unanimité, les juges reconnurent Marguerite et Julien coupables d’adultère et d’inceste entrainant comme sentence la mort. Les accusés étant nobles auraient la tête tranchée à l’épée de justice et non à la hache comme le commun des mortels. Le greffier Daniel Voisin fut alors dépêché auprès du bourreau Jean-Guillaume pour le prévenir de la sentence et lui mander d’activer les préparatifs de l’exécution en place de Grève (NDLR: Actuelle Place de l’Hôtel-de-Ville de Paris), où se dresserait l’échafaud.
Jugement était rendu.
Henri IV allait y porter l’adoucissement promis. Le parlement reçu un message signé par lui: les dépouilles des Ravalet de Tourlaville ne seraient pas jetées dans le charnier de Montfaucon mais inhumées dignement en terre chrétienne.
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Une émotion incroyable secoua les épaules du fidèle valet et des condamnés. Pour ces derniers, c’était d’un coup tout leur passé, toute leur famille, toute la Normandie qui s’engouffrait dans la chapelle.
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Les héros de ce drame furent inhumés en l’église Saint-Jean-en-Grève, proche du lieu de l’exécution. Un office fut célébré par le docteur Fusi puis, on enterra les cercueils à gauche du porche, à l’entrée de la chapelle de Communion.
Sur la pierre tombale, on pouvait lire, jusqu’au début du XVIIIe siècle, cette saisissante épitaphe:
Cy gisent le frère et le sœur
Passant, ne t’informe point
De la cause de leur mort.
Passe et prie Dieu
Pour leur âme.